Vous l'aurez peut-être remarqué, le tutoiement est de bon ton, ces derniers temps.
Relater une expérience personnelle : "Et là, tu entres, et tu te demandes ce qu'il se passe" (tu = je, dans un dessein sans doute d'universalisation, ou pour alpaguer l'intérêt du vrai tu, l'autre qui s'en fiche un peu, de ton expérience personnelle), parler aux enfants et aux ados dans les pubs : "Tu vas adorer" (tu = on est jeunes nous aussi, achète donc notre bidule), se causer dans certains milieux : "Tu étais géniale dans ce nouveau spectacle, ma chérie" (tu = tu vois je suis venue, je fais bien partie du milieu), et même, je l'ai noté, disserter dans les blogs : "Tu te demandes où j'étais passé, hein ?" (tu = nous sommes frères, blogueur, laisse-moi donc un commentaire).
Inévitablement, je pense à ce que disait un ami célèbre (salut, Pierre) :
"Aime ton prochain comme toi-même... D'abord, Dieu ou pas, j'ai horreur qu'on me tutoie."

Et puis, il me faut bien l'avouer, inconsidérément, j'aime vous (et non pas je vous aime, bien que cela se révèle adéquat dans certaines circonstances. Qui nous éloignent considérablement du sujet.) Pas le vous poseur de Bernard-Henri s'adressant à sa Barbie lyrique, pas le vous poussiéreux des nostalgiques du respect qui se perd, pas le vous hautain qui préfèrerait qu'on reste à sa place.
Pas d'abolition du tu, pas de retour du vous, j'aime simplement la possibilité du vous, son irruption dans le quotidien, sa distanciation salvatrice, parfois.

Vous donne une dimension spectaculaire aux scènes de ménage, un sens épique aux rixes automobiles.
Vous considère l'enfant comme un être pensant, offre la distinction vie privée/vie publique.

J'aime le vous timide d'une première rencontre, la curiosité aimable du vous qui ne connait pas malgré les années, le vous extravagant d'un amour désespéré (Duras) :
"Ne vous aimant plus, je n'aime plus rien, rien que vous, encore".
Vous rappelle qu'il y a toujours une distance avec l'autre que nous ne franchirons pas.

Vous permettez que je vous vouvoie ?

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